Comme tous les ans, je célèbre, aujourd’hui, la journée internationale des droits des femmes, qui est toujours l’occasion de faire un état des lieux de l’évolution de la situation.

De plus en plus de débats !

Je me réjouis de constater que la cause avance et…. je me réjouis même de constater que les polémiques sont de plus en plus nombreuses sur le sujet !
Non pas que j’aime particulièrement les polémiques. Non, j’aime que les personnes vivent en harmonie, quels que soient leur genre, leur couleur de peau, leur orientation sexuelle, leurs croyances et leurs opinions…
Mais force est de constater qu’il va nous falloir encore grandir un petit peu, avant de réussir à vivre en parfaite harmonie les uns avec les autres.
Et les débats ont cette vertu d’offrir un espace de réflexion, et donc de faire avancer la société.
Alors certes, certains avis peuvent nous donner de l’urticaire, je pense qu’il reste important de pouvoir malgré tout leur laisser de l’espace, et sans jugement, essayer de faire évoluer les choses dans le bon sens. C
’est-à-dire, sans morale aucune, dans un sens qui respecte tous les êtres humains sur cette planète.

Journée internationale des droits des femmes 2020 : où en est-on de la place et du respect de la parole des femmes? Christine Moussot, fondatrice d'Expressions, organisme de formation spécialisé sur la voix et la communcation non verbale et auteure de

Sous les feux des projecteurs cette année :

Cette année, la journée internationale des droits des femmes s’ouvre sur une “belle” actualité.
Arrivé.e.s tout juste en mars, l’actualité est déjà riche, sur le sujet, avec au moins trois affaires d’ampleur :

  • le retour, en disgrâce, de l’auteur ouvertement pédophile Gabriel Matzneff,
  • le tsunami dans le monde du sport et en particulier du patinage artistique,
  • et évidemment, la cérémonie des Césars.

Séparer l’artiste de l’homme?

https://www.youtube.com/watch?v=DVZrJ7I5Y1g&feature=youtu.be

Avec la sempiternelle question : « doit-on séparer l’artiste (ou autre « métier ») de l’homme ? »

Vous avez quatre heures !!! En effet, il s’agit d’un vrai casse-tête philosophique.

Thèse

En thèse, certains argueront que, si nous ne dissocions pas les deux, nous n’écouterions ni James Brown, ni ne lirions Oscar Wilde (parmi tannnnnt d’autres !). Nous nous priverions ainsi de tant de culture, l’Humanité tout entière perdrait un patrimoine inestimable.
Effectivement, vu comme ça, on est bien tenté de mettre un petit mouchoir sur sa sensibilité et sur sa susceptibilité. Comment se vexer alors que ces hommes servent un dessein plus grand ? Elevons-nous, que diable !

J’ai envie de tempérer un peu les choses, en disant, comme l’a dit Bernard Pivot (que je ne félicite pas, malgré tout !!) que, cette vision de la société était le fruit d’une époque. Enfin, soyons clair, c’était surtout le fruit d’une espèce de diaspora dans les milieux intellectuels, qui avait instauré une omerta sur le sujet.

Mais justement : qu’est-ce qui fait, qu’à une époque, finalement, on admet l’inadmissible… la réponse, à mon sens est : le pouvoir de certains, renforcé par leur rayonnement médiatique ! Et c’est là qu’on en vient à mon antithèse !

Antithèse

Le gros problème, c’est que la culture, les livres, les films, etc. sont des media et même des mass media. Ce qui signifie qu’ils rayonnent largement dans la population et façonnent l’opinion publique.
Alors certes on peut pourrait, là aussi, être tenté.e.s, de réserver un sort différent :

  • aux œuvres qui entretiennent voire encouragent la culture du viol. Clairement ceux-là sont à combattre, à mon sens, car ils véhiculent des idées qui dessinent un inconscient collectif extrêmement préjudiciable
  • les œuvres qui n’ont rien de misogyne mais qui sont produits par des personnes ayant commis des actes préjudiciables envers les femmes. Eh bien oui, tout le débat est là.

J’avoue m’être moi-même longtemps interrogée à ce sujet, par souci d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle.
En particulier lors de l’affaire Bertrand Cantat… moi qui étais un grande fan de Noir Désir. Et j’avoue toujours être une inconditionnelle de la musique et de la poésie du chanteur. Malgré tout, à chaque fois que je l’écoute aujourd’hui, mon cœur se serre et la musique a un arrière goût de nausée. Quelque chose est cassé. Et clairement, je ne me vois pas encenser Bertrand Cantat dans les media, quelque soit le talent qui s’exprime dans ses œuvres. Pour moi, ce serait comme cracher au visage de ses victimes.

Laisser ces criminels s’exprimer, pourquoi pas… Je n’envie ni le cerveau ni le cœur de Bertrand Cantat. Comme il doit souffrir… L’art est un exutoire et il a bien le droit de continuer à écrire et à chanter. Peut-être même que cela aidera certains à exorciser leurs démons, qu’en sais-je ?

En revanche, les RÉCOMPENSER ? Certainement pas !  Quelle complaisance vis-à-vis des actes !! Nous ne pouvons pas continuer de signifier un tel manque de considération aux victimes. Faire comme si de rien n’était et encenser ces artistes, indépendamment de l’être humain. C’est comme une autorisation à continuer. Et personne ne vous tournera le dos, au contraire !

D’ailleurs, quand on voit l’étendue du fléau dans le monde du cinéma, mais aussi dans le sport, et quasiment partout finalement, on se rend bien compte qu’il est nécessaire d’afficher un peu plus de fermeté face à ces agissements. Des actes doivent être posés, pour obliger leurs auteurs à changer.

Et la première étape pour avancer est de libérer la parole des femmes.

Libérer la parole des femmes

La parole, c’est le pouvoir.

Si l’on ne parle pas d’un problème, le problème n’existe pas.

Si l’on ne partage pas sa vision du monde, celle-ci ne chemine pas.

Fin de l’histoire.

Et aujourd’hui, par le biais de ces récompenses, la parole de ces criminels pèse encore bien trop lourd et façonne encore bien trop notre société.

Pour que les problématiques féminines soient représentées, pour que l’on y réfléchisse, pour que l’on y travaille, les femmes doivent avoir (prendre !) la parole !

J’en viens à ma dernière réflexion, qui a aussi fait l’objet d’une polémique :

Florence Foresti, devait-elle se retirer de la cérémonie ?

Certains ont trouvé anormal qu’elle se permette de quitter la cérémonie avant la fin, au vu du cachet « indécent » qu’elle a touché pour la soirée.

Remettons les pendules à l’heure !  Ce cachet est certes faramineux aux yeux du « peuple », mais c’est le secteur du cinéma… C’est juste un cachet normal. Ensuite, à l’époque où Florence Foresti a accepté le job, elle ne savait pas encore que Polanski serait nominé.

Enfin, une fois qu’elle savait que la cérémonie risquait de prendre cette tournure, je trouve personnellement, comme elle l’a dit elle-même d’ailleurs, qu’il était au contraire, courageux de rester et de dire ce qu’elle avait à dire, au nom de TOUTES les femmes. Non, ça n’était pas facile. Oui, ça a jeté un froid. Et OUI c’était nécessaire.

Elle a été notre porte-parole. Car, encore une fois, parole = représentation = pouvoir.

Cessons de laisser la place vacante, au plus grand bonheur de tous ceux qui veulent faire perdurer le vieux modèle patriarcal. Occupons, nous aussi l’espace, et dessinons une nouvelle vision pour la société.

Soyons vigilant.e.s et constructi.f.ve.s

Mais attention, pas avec n’importe quel message. Et surtout pas en reproduisant tout ce que nous n’aimons pas dans le patriarcat.

Non je ne suis pas féministe, encore moins chienne de garde. Et je ne dis pas ça par peur. Je dis cela par conviction. Et d’ailleurs, je sais aussi que certaines féministes m’en voudront peut-être. Tant pis, je suis droit dans mes bottes et j’assume totalement mon message, car l’intention derrière celui-ci est l’amour et l’inclusion.

Je suis pour l’équité, l’équilibre entre les sexes. Je suis POUR continuer de parler, pour cheminer vers une occupation de l’espace public équitable, jusqu’à ce que l’on constate que les femmes ont pu prendre leur juste place et être traitées avec tout le respect qu’elles méritent, avec autant d’égards que les hommes.

J’étais d’ailleurs hier à la manifestation du 8 mars à Paris, car il me semble important justement de grossir les rangs et d’occuper le plus d’espace possible avec la parole féminine.
En revanche, je dois dire que je n’étais pas alignée avec TOUS les messages scandés.
Je ne pense pas que les messages excluants ou réducteurs envers les hommes soient constructifs.

Et je constate avec un peu de regret, que le ton donné à ce 8 mars 2020 ait semblé un peu moins léger et bienveillant que l’année dernière.

En 2019, les hommes et les femmes me semblaient plus proches dans cette démarche. Les femmes se remettaient aussi en question, car OUI, nous, les femmes, avons aussi participé, d’une certaine manière, à façonner la société ainsi. Nous avons accepté des rôles féminins, nous avons formulé de nombreuses injonctions à destination des hommes, à rester dans leurs rôles masculins.
Et je trouve qu’il est constructif que chacun assume ses responsabilités et prenne conscience du poids de ses actes pour choisir ces derniers un peu plus en conscience. Je vous invite à redécouvrir l’article de l’année dernière si vous le souhaitez.

Synthèse

Et donc, pour conclure, j’ai vraiment envie de vous dire, à tous et à toutes : restons unis et aimons-nous ! Car la majorité (croissante) d’entre nous est inclusive et bienveillante. Ayons confiance les uns en les autres et œuvrons ensemble à construire le monde que nous voulons.

 

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